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Dans les tribunes d’abord, au micro aujourd’hui : une vie entière avec le TFC

17 sept.
5 min de lecture
Pierre-Emmanuel Rivalland au Stadium de Toulouse en tant que speaker du TFC


Au bord de la pelouse, son béret violet est devenu un repère. Dans les tribunes, sa voix accompagne les grands soirs, les buts, les frissons et les moments de communion du Stadium. Mais avant d’être speaker du Toulouse FC, Pierre-Emmanuel Rivalland a été un supporter parmi les autres, porté par près de trente ans de passion violette.


Dans cet entretien exclusif accordé à Sudline, il raconte son parcours, les deuils qui l’ont marqué, son premier match au micro dans un Stadium vide, la finale de Coupe de France 2023 et cette nouvelle aventure qu’il partage désormais avec Laëly.


D’un virage du Stadium au micro du TFC


Pierre-Emmanuel Rivalland a connu le Toulouse FC à 19 ans. Il rejoint ensuite les Indians Tolosa et vit les matchs depuis les tribunes, avec les amis du virage et cette ferveur propre aux soirs de football.


« J’ai commencé comme supporter anonyme, puis membre des Indians Tolosa. Avec les copains du virage, dont Brice Taton, nous avons créé le Forza Viola FC, l’équipe de football officielle des supporters du TFC, en 2003. »


Le décès de Brice Taton, en 2009, reste une blessure profonde. Il constitue aussi un tournant dans son histoire personnelle avec le club. Pierre-Emmanuel Rivalland veut alors s’investir davantage dans le football et réalise, pendant plusieurs années, une revue de presse avant les matchs sur TFC Radio.


Puis, en 2019, le TFC lui propose une mission qu’il n’avait jamais imaginé refuser : devenir speaker.


« Je ne pouvais pas refuser. J’ai démarré seul. »


Il prend le micro en janvier 2021, dans un contexte inédit. La pandémie a vidé les tribunes et son premier match se déroule dans une atmosphère inhabituelle, loin du Stadium bouillonnant qu’il a connu comme supporter.


« C’était dans un Stadium désert, vide, avec un masque sur le menton, pour cause Covid. C’était TFC-Grenoble, en Ligue 2, avec une victoire 2-0. »


Une voix au service de tout un Stadium


Être speaker ne consiste pas simplement à annoncer les compositions d’équipe ou les buteurs. Avant chaque rencontre, tout est préparé avec les équipes du club. Une conduite complète est établie afin que chaque moment trouve sa place : l’arrivée des joueurs, les animations, les partenaires, les temps forts ou encore les messages de prévention.


« Il y a une équipe dédiée à l’animation, coordonnée par un responsable du TFC. On arrive tôt au Stadium pour parcourir le conducteur, évoquer les moments forts et les particularités. »


Pierre-Emmanuel Rivalland insiste aussi sur les femmes et les hommes qui font vivre le club loin des projecteurs : personnel d’accueil, sécurité, restauration, billetterie, marketing, partenaires ou équipes commerciales.


« C’est tout un univers dédié aux supporters, partenaires et spectateurs qu’il faut aussi incarner. »


Après trois saisons en binôme avec Olivier, le speaker vit cette année une nouvelle étape. Désormais, il anime les matchs aux côtés de Laëly, artiste et nouvelle speaker du TFC.


« Cette saison, j’ai la chance et le privilège d’être accompagné de Laëly, une artiste et une fille rayonnante. Nous animons tous les deux les matchs en duo. »


Une nouvelle complicité installée pour porter l’ambiance du Stadium, sans jamais prendre la place de ceux qui la créent d’abord : les supporters.


« Il faut savoir écouter le Stadium »


Pour Pierre-Emmanuel Rivalland, le rôle du speaker est de sentir le public, de comprendre ses silences comme ses élans, et de savoir quand accompagner l’énergie des tribunes.


« L’ambiance dans le football est sociologiquement construite autour des groupes de supporters, dont les Ultras. Il faut savoir écouter le Stadium, le ressentir et comprendre quand on a une fenêtre pour aller chercher aussi les autres spectateurs. »


Il évoque notamment le « Si Canto », ce chant traditionnel d’Occitanie repris à l’unisson par le Stadium. Un instant qui traduit l’attachement du TFC à son territoire et qui reste, pour lui, l’un des moments les plus forts de la préparation d’un match.


Avant de s’avancer au bord de la pelouse, un rituel ne change jamais : son béret violet.


« Je ne sors pas au bord de la pelouse sans avoir revêtu mon béret violet. Il symbolise à la fois notre région et sa belle ruralité. »


Ce béret est aussi un souvenir de famille. Son père et son grand-père en portaient. Au fil des saisons, il est devenu plus qu’un accessoire : un symbole de l’identité occitane et de cette histoire commune entre le club et ses supporters.


Le TFC dans les moments les plus difficiles


Le parcours de Pierre-Emmanuel Rivalland est aussi traversé par des moments douloureux. Après le décès de son ami Brice Taton, il a perdu son père, le lendemain du match célébrant les 80 ans du Toulouse FC.


Il avait participé pendant des mois à la préparation de cette grande soirée. La fête du club a alors laissé place à un deuil personnel.


« Les derniers jours, pour moi, furent un torrent d’émotions contraires. »


Dans cette période, le TFC est resté une présence importante. Le club lui a proposé la mission de speaker alors qu’il ne s’y attendait plus forcément. Une manière de continuer à créer du lien, de rester au contact de ceux qui partagent la même passion.


« Le TFC est revenu me chercher pour cette mission de speaker. Créer du lien, c’est ce que j’ai toujours aimé faire. »


Pierre-Emmanuel Rivalland avec Rasmus Nicolaisen au Toulouse FC


Une finale, des larmes et un tatouage


S’il ne devait conserver qu’un seul souvenir, Pierre-Emmanuel Rivalland choisirait sans hésiter la finale de Coupe de France 2023. Au Stade de France, le TFC bat Nantes et soulève un trophée attendu depuis des décennies.


Cette fois, il est avec les supporters, dans un virage entièrement violet. Puis vient le moment où les joueurs montent chercher la Coupe de France, sur la musique de Coldplay, sous les feux d’artifice.


« J’ai fondu en larmes au bord du terrain. »


Une émotion à la hauteur de son attachement au club. Elle raconte aussi ce qu’est le TFC pour lui : un lieu de joie, de souvenirs, mais aussi de fidélité dans les périodes difficiles.


Une autre scène résume ce lien particulier entre le speaker, les joueurs et les supporters. Lors de la montée en Ligue 1, Rasmus Nicolaisen lui emprunte son béret violet à la fin du match. Quelques jours plus tard, Pierre-Emmanuel Rivalland apprend que le béret avait circulé dans le vestiaire, chacun voulant le porter pendant les célébrations.


L’histoire ne s’arrête pas là. Devenu capitaine du TFC, Rasmus Nicolaisen s’est régulièrement affiché avec le béret violet dans Toulouse. Il a même choisi de le faire tatouer sur son bras.


« Je trouve cela touchant, car ce béret violet est devenu quelque part un symbole de quelque chose au sein de la grande communauté qui va des joueurs aux supporters. »


À l’approche des 90 ans du Toulouse FC, Pierre-Emmanuel Rivalland reste ce supporter de 19 ans entré un jour au Stadium, sans imaginer que sa voix accompagnerait un jour les matchs du club.


« Le TFC, c’est le club, le lieu et les personnes avec lesquelles je vis depuis presque trente ans. Le TFC est une grande partie de ma vie. »


Et lorsque le violet gagne les tribunes, que le Stadium chante et que le béret apparaît au bord de la pelouse, c’est toute cette histoire qui résonne derrière le micro.

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